Droit au Coeur

Une petite histoire écrite au collège pour un devoir. Que ça se passe à Fontenay était une contrainte de la prof.

22 Novembre 1176, dans l'abbaye de Fontenay régnait un silence de mort. Il était 20h56 et tout le monde dormait. Un garçon passa par la fenêtre du dortoir, laissa tomber l'extrémité d'une corde et descendit à terre. Il portait des vêtements semblables à ceux revêtus par les peuples du Nord, avec une cape rouge sombre, un pantalon de peau marron, une tunique en tissu et un arc à la main, récupérés chez Cairon à qui il les avait confiés en arrivant. Atreyu -car c'était son nom- se dirigea à grands pas vers la sortie, surveillée par un garde. Dès qu'Atreyu fut à portée de voix, le garde lui recommanda de ne pas s'approcher car la sortie était interdite.

«  Comment t'appelles-tu, questionna-t-il.

- Je suis Atreyu, répondit le garçon.

- Atreyu ? s'étonna le garde, et d'où viens-tu avec ton nom et cette allure étrange ? »

Atreyu répondit qu'il venait du Nord, et qu'Atreyu était un nom courant là-bas. Il avança de quelques pas, puis s'arrêta.

« - Tu n'as pas le droit de sortir, s'exclama le garde, tout-à-coup sur le qui-vive. Et même si tu y parvenais, je sonnerai l'alerte.

- Ce qui ne servirait à rien puisque le temps que quelqu'un arrive, je serai loin. Laisse-moi passer.

L'homme commença à paraitre vraiment nerveux.

- N'approche pas ! cria-t-il.

- J'en ai assez de cette abbaye, on ne peut rien faire. Mais mon père veut que je reste. Laisse-moi passer. »

Atreyu avança encore, mais cette fois ne s'arrêta pas. Lorsqu'il arriva à 20 mètres du garde, il souleva sa cape. En dessous, en bandoulière, un carquois était rempli de flèches longues et empennées. Atreyu porta sa main au carquois et banda son arc en olivier, menaçant le garde.

«  Ecarte-toi » conseilla Atreyu.

Le garde ne s'écarta pas.

«  Ecarte-toi ! »répéta Atreyu, agacé par la naïveté de l'homme.

Il ne s'écarta toujours pas. Un trait partit à toute vitesse en direction du garde qui tenta de l'éviter, en vain. Atreyu avait décoché.

 

Il était 7 heures du matin, fin de la lecture dans la salle capitulaire et heure de début du travail, mais personne ne s'en souciait. Dans le cloître, les moines étaient tous serrés autour de quelque chose de visiblement passionnant. Le cloître était l'endroit préféré de Paul : séparé en quatre parties carrées et entouré de galeries. Paul, de l'année qu'il avait déjà passé dans l'abbaye, n'avait jamais vu les moines aussi exités. Il s'approcha du groupe qui gesticulait dans tous les sens, et, intrigué, passa la tête au travers pour voir ce qui affolait tant ces gens d'habitude calmes et qui passaient le plus clair de leur temps à prier en silence -8 fois par jour !-. Il ne lui fallut pas plus de deux secondes pour comprendre ce qui se passait. Etendu au milieu du cercle des moines, un cadavre gisait par terre, une flèche dans le coeur, les bras en croix, une expression terrorisée sur le visage. Le sang de Paul ne fit qu'un tour.

Il bouscula les moines qui lui bouchaient le passage, et pénétra au centre de la ronde. Il avait toujours détesté les cadavres, rien que d'en entendre parler lui donnait des frissons, mais comme le cadavre était celui du garde qui lui avait déjà rendu de nombreux services, il jugea qu'il ne serait pas juste de le laisser comme ça. Il le porta donc au guérisseur avec l'aide de deux moines, mais le garde était déjà mort et bien mort et les plantes médicinales n’eurent aucun effet.

 

Après l'incident, les moines cisterciens parurent, pendant plusieurs jours, très inquiets, et le déjeuner au réfectoire était beaucoup moins silencieux que d'habitude. Même les moines chargés de réveiller les autres pour la prière ne faisaient plus leur travail. Un autre garde avait été posté, mais il était si incompétant qu'il aurait laissé passer n'importe qui. Paul aussi était inquiet, la couverture de laine qu'il tirait sur lui toutes les nuits n'avait pas bougé : depuis que l'abbaye avait été fondée en 1130, d'après les moines personne n'était mort assassiné et encore moins dans des circonstances aussi étranges. Et puis on avait choisi ce site très humide, marécageux, isolé dans un vallon riche en minerai de fer pour pouvoir vivre en autarcie, loin des laïcs et des villes bruyante, cela ne pouvait donc pas être un visiteur mal intentionné qui avait tué le garde. Paul travaillait presque toujours à la forge, où il fabriquait les meilleurs outils dont disposaient les moines, à travailler la terre au dehors ou au scriptorium où il recopiait à la main des livres entiers, ce qui lui donnait l’occasion de réfléchir au coupable. Pour son enquête, il commença par chercher des indices. Il décida d'aller interroger les moines. Il connaissait bien l'un d'eux, Atreyu, un garçon de 12 ans, soit d'un an plus jeune que Paul. Mais en arrivant près du lit de ce dernier, que Paul n'avait pas vu depuis le meurtre, il découvrit que l'endroit avait été vidé, toutes les affaires du garçon avaient disparu, sauf une lettre glissée sous le matelas. Le garçon, en partant, l'avait sans doute oubliée. Paul savait que lire les lettres des amis n'était pas du tout correct, mais il se dit que c'était pour les besoins de l'enquête, et il déplia le papier. Les mots étaient écrits d'une très jolie écriture, presque de la calligraphie. La première lettre était une lettrine avec, autour du C, des feuilles de menthe tracées à l'encre. La lettre disait :

 

« Cher Atreyu,

J'ai pris une décision : tu resteras dans l'abbaye de Fontenay jusqu'à ce que je te dise de sortir. Ca ne me plait pas plus qu'à toi mais j'ai des choses à faire et ta mère aussi, personne ne peut donc s'occuper de toi. Je suis sur que tu as des amis là-bas. Tu me manques beaucoup.

A bientôt.»

 

« Bizarre, pensa Paul, pourquoi la lettre n'est-elle pas signée ? Mais puisque celui qui l'a écrite parle de sa mère, c'est sans doute son père. Alors, Atreyu ne pouvait pas rentrer chez lui... Je commence à y voir plus clair. Le problème qui reste, c'est de savoir si Atreyu avait un arc, et alors je saurais peut-être qui a tué le garde. »

Paul interrogea les voisins d'Atreyu, les moines,... Pas un ne savait si Atreyu tirait à l'arc. Il ne restait plus qu'un espoir : aller trouver l'ami d'Atreyu, Cairon, qui vivait dans une petite maison aussi peu luxueuse que l'abbaye, au fin fond de la forêt. Paul excusa son absence au travail par une maladie et se rendit dans la forêt. Lorsqu'il arriva, le feu était allumé dans la cheminée de la chaumière, aussi vif que dans celle du chauffoir, la seule pièce chauffée de l'abbaye où étaient logés les malades pour ne pas prendre froid.

«  Bonjour, fit Paul en pénétrant dans la pièce principale où jouaient les deux enfants de Cairon. Je suis l'ami d'Atreyu. Je voudrais te poser une question.

- Bonjour à toi, sourit l'homme chaleureusement. Pose ta question, et avant assieds-toi. Tu as fait un long chemin si tu viens de l'abbaye.

Paul s'assit et demanda à Cairon si Atreyu tirait à l'arc.

- Oh oui, beaucoup ! Je lui ai appris à perfectionner sa technique lorsqu'il est arrivé à l'abbaye il y a 6 mois. Mais il tirait déjà très bien avant. Il possède un arc magnifique en bois d'olivier avec lequel il tire les plus belles flèches du monde, empennées de belles plumes rouges d'un oiseau qui vit dans son pays natal, au Nord. »

Paul n'ésperait pas de réponse si complète. Sa description des flèches d'Atreyu correspondait exactement à la flèche qui avait touché le garde au coeur.

«  Cairon, je sais que tu ne vas pas me croire mais écoute-moi, commença Paul. Atreyu est partit de l'abbaye en tuant un garde.

- Je le sais, se contenta de répondre Cairon avec un grand sourire. Il est repartit chez lui. Il était vraiment déterminé, ça ne m'étonne pas le moins du monde qu'il ai tué ce garde si il a voulu se mettre sur son chemin. »

Paul quitta Cairon quelques heures plus tard, après avoir été convié avec empressement à prendre le dîner qui fut servit exactement comme à l'abbaye : du pain, des légumes et une toilette avant de manger, sauf que personne ne lisait la Bible. Paul attendit le lendemain pour annoncer aux moines ce qu'il avait découvert : c'était Atreyu qui avait tué le garde pour s'échapper de l'abbaye afin de retourner chez lui. Mais les moines ne sont pas rancuniers : quelques jours encore, et l'abbaye retrouva toute sa sérénité. Chez Atreyu, le feu était vif, comme dans le chauffoir...

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